La pensée européenne est une culture analytique. L’analyse est une méthode qui vise à comprendre un objet, une idée, une
situation, à partir de ses constituants. Elle établit tout d’abord des critères permettant d’identifier les composants, puis découpe l’objet analysé en autant d’éléments. Comprendre ce qu’est une
fleur, c’est être en mesure de distinguer le calice, formé par l’ensemble des pétales… Descartes s’est fait le chantre de la pensée analytique en écrivant son Discours de la méthode :
« Diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu’il se pourrait pour les mieux résoudre. »
A l’inverse, la culture traditionnelle chinoise est
une culture holistique. Elle appréhende les objets, les idées, les situations, d’une manière globale, en tenant compte de leur contexte. Un système est alors considéré comme une entité complexe,
possédant des caractéristiques liées à sa totalité et des propriétés non déductibles de celles de ses éléments.
L’approche holistique est complémentaire de l’approche
analytique ; elle invite à élargir le domaine d’observation des disciplines scientifiques. Elle a produit des apports féconds dans les domaines des sciences sociales, donnant naissance à la
sociologie (la psychologie des individus est déduite de leurs conditions sociales) ou des sciences naturelles (au-delà de la description des composants d’un être vivant, comprendre les
interactions entre la biologie et l’écologie).
La pensée occidentale repose sur trois principes que
chacun de nous semble enclin à prendre pour une vérité absolue :
- le principe d’identité (une chose est identique à elle-même)
- le principe de non-contradiction (une chose n’est pas identique à son contraire)
- le principe du tiers exclu (toute proposition est soit vraie, soit fausse)
La formalisations de ces principes par le philosophe grec Aristote a permis un développement mathématique et
philosophique considérable en Occident. Ils structurent nos modes de raisonnement au point que nous n’avons jamais douté de leur universalité.
Cependant, la pensée orientale répond à des principes
différents. Des recherches récentes ont tenté de transcrire cette pensée orientale. Le résultat est saisissant. Deux chercheurs, Kaiping Peng de l’Université de Berkeley et Richard Nisbett de
l’Université de Michigan, ont identifiés trois principes :
- celui de changement permanent (la réalité se modifie en permanence)
- celui de contradiction (les contradictions sont omniprésentes puisque seul le changement est constant)
- celui de holisme (toute chose étant soumise au changement et se trouvant en perpétuelle contradiction, on doit toujours considérer chaque objet et son
contraire)
Le monde tel qu’il est vu par les Orientaux est un monde en transformation permanente. Le processus prime sur la finalité
des choses ; il est préférable de prendre appui sur les mouvements de la vie plutôt que s’y opposer ; il s’agit de tirer un avantage des initiatives de l’environnement comme un habile
surfer tire profit des vagues de l’océan qui le poussent en avant. Ainsi, la maturation d’une plante tient autant à la plante elle-même qu’au talent du jardinier. Toutefois, cette maturation doit
se faire dans de bonnes conditions. C’est pourquoi à chaque étape, le jardinier, tel un joueur de go, s’efforce de faire advenir et par conséquent apprécie à bon escient le potentiel de chaque
situation. Tout est là : le jardinier est un homme dont la mission consiste à construire le lointain au sein de la proximité et donc à faciliter la vie.
extrait de "Le manager joueur de go" de Jean-Christian Fauvet, ancien vice-président de Bossard Consultants, fondateur de la socio-dynamique et
Marc Smia, associé fondateur de la société de conseil en stratégie et management Kea&Partners, publié aux éditions d'Organisations
peinture sur canevas "Larry at Velzy Land" de Colleen Gnos