par Philippe Bloch, fondateur de Columbus Café et auteur de "Bienheureux les fêlés..." éd. Robaert Laffont
« Avec tout ce qu’inventent vos chercheurs, comment se fait-il que vous soyez si pauvres en France ? » A l’évidence, mon interlocuteur ne s’est jamais remis de cette attaque lancée par un journaliste américain. Il faut dire que ce pro du capital-risque ne ménage pas ses efforts pour valoriser la recherche et faciliter les transferts de technologie entre les laboratoires et les entreprises. Mais le constat est là, cruel. Notre pays peine à créer des champions internationaux de technologie, et nos plus belles « start-up » sont souvent rachetées par des groupes américains, avant de devenir elles-mêmes des prédateurs.
Chacun y va bien sûr de son explication : la pénurie de financement initial, la taille de notre marché domestique, la complexité des règlementations, la bureaucratie, la multipropriété intellectuelle trop fréquente, l’absence de culture marketing et entrepreneuriale des ingénieurs, leur rejet de l’économie de marché.
Fondateur de Cellectis, une société française spécialisée dans la modification des génomes complexes bien partie pour devenir un leader mondial, André Choulika avance quant à lui une autre hypothèse. Nul doute aux yeux de ce docteur en sciences au CV béton, revenu des Etats-Unis pour créer sa boîte : « Le Français veut toujours être premier de la classe, et n’accepte jamais de reconnaître ses erreurs. » En Amérique, l’investisseur demande à l’entrepreneur de lui montrer ses blessures (« Show me your bruises »), vraies garantes à ses yeux de ses qualités humaines. Ici, on préfère vérifier ses diplômes. Et notre champion de l’ADN d’ajouter : « N’oublions jamais que l’expérience est la mémoire des erreurs passées, et qu’esprit de combat et gestion de l’échec sont les deux mamelles de l’entrepreneur. »
extrait de l'article "Montre-moi tes blessures" paru dans L'entreprise n°252

