par Elisabeth Damour, consultante en ressource humaine, fondatrice du cabinet "Suivi d'Effets"
Notre
vie est faite de projets personnels, d’élans qui sont des réponses au manque que nous ressentons. Cette dynamique de vie, notamment absente chez les personnes en dépression, s’appelle désir.
Alors que le désir est une dégustation qui est du côté de la promesse de jouissance, ce que nous appelons besoin va, au contraire, nous placer dans la précipitation, cherchant à combler le manque
au plus vite, comme pour mieux le bâillonner alors qu’il resurgira à la première occasion. Tandis que le besoin nous fait connaître la frustration, le désir est généreux et nous rend ambitieux
dans notre accomplissement personnel. Il est à l’opposé de l’envie et de la jalousie limitées à la convoitise.
Si notre désir est personnel, nos besoins et motivations le sont aussi, tout comme nos démotivations. Pour résumer, nous sommes motivés lorsque notre activité professionnelle s’inscrit dans notre projet de développement personnel. On voit tout de suite le numéro d’équilibriste que nous réalisons, puisque dans la majorité des cas nous sommes dans le projet de l’autre.
Cependant, de judicieuses contreparties nous permettent de survivre. Elles nous procurent le sentiment d’être utile, d’occuper une place, sans oublier la rétribution la plus significative: l’argent, même si ce métal instable nous motive et nous démotive tout à la fois. Toute manifestation qui nous permet de comprendre que les autres nous apprécient, ainsi que le travail que nous réalisons, constitue un signe de reconnaissance, clef de notre motivation : nous sommes tellement accros que nous préférons recevoir des signes négatifs plutôt que d’en être privés. On comprend mieux pourquoi les managers sont formés à donner du feed-back, car l’évaluation est un acte de reconnaissance et le fondement de l’appartenance. Ce n’est pas le feed-back négatif qui démotive, c’est l’absence de feed-back. Si vous êtes familiarisé avec la typologie de Taibi Kahler, vous savez que le simple fait de communiquer dans un canal de communication approprié est un “super-motivateur” puisqu’il nourrit en positif le “Besoin Psychologique”. Par exemple, une personne de type de personnalité “Travaillomane” a besoin de structurer son temps et elle préférera des interactions qui décrivent des faits et qui sont logiques. Quant au “Rebelle”, qui met une ambiance trop ludique à votre goût, inutile de décider de l’isoler : vous paierez cher vos mesures inappropriées par des manifestations négatives. Vous pouvez toujours faire le choix d’éviter de recruter des Rebelles, mais vous ne serez pas dédouané pour autant car nous sommes tous logés à la même enseigne. Un Travaillomane en dysfonctionnement se met à sur-contrôler, il se désorganise, devient agressif et perturbe tout le monde par ses exigences.
Comment intervenir pour redonner pro-activité et goût de l’action ? Laisser l’autre parler de ses désirs et exprimer ses besoins demande du temps : c’est un exercice sur le fil du rasoir, partagés que nous sommes entre notre désir de comprendre l’autre et la crainte de se laisser aller à être trop gentil, en un mot, de se laisser engloutir… Peur souvent inconsidérée, car ce dont l’autre a besoin, c’est que nous soyons juste un petit peu attentif à son mal être. Nous conclurons que devant tant de complexité dans les manifestations de nos manques, le premier soin intensif pourrait être de simplement tendre l’oreille.
Tendre l’oreille sans perdre de vue cette charte primaire des besoins des collaborateurs : s’exprimer, être informé, être responsable, être autonome, être dirigé, aidé et sanctionné, s’organiser, apprendre et créer, être estimé.
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Elisabeth Damour est praticienne certifiée en Process Communication et en méthodologie de coaching du Frederic Hudson Institute, formée en art-thérapie, en contact-improvisation, ainsi qu'à la méthode de Mathias Alexander.
Taibi Kahler est docteur en psychologie, conseillant les entreprises américaines, a établi que dans la communication, c'est plus la manière de dire les choses que le contenu lui-même qui est le plus souvent à l'origine des conflits, des incompréhensions, des mésententes, ou des blocages, ... Il a ainsi progressivement élaboré sa méthode, la Process Communication, et montre comment construire un bon processus de communication qui permette une relation constructive, réduise la pression ambiante, développe la motivation, libère le désir de coopérer.
Photo : "Ambitions" de Yonatan Zur

